Le sentiment d’injustice en entreprise: un élément à ne pas prendre à la légère!

Et oui! Le sentiment d’injustice n’est pas à prendre à la légère car il peut détruire tous les efforts que vous avez mis en place pendant des années pour booster la motivation de vos équipes!

Pourquoi? Parce qu’en tant qu’être humain, nous sommes pour la plupart prêts à nous battre, à saboter, voire à prendre des risques lorsque nous ressentons un sentiment d’injustice. Nous sommes prêts à soutenir, même contre nos propres intérêts, des personnes que l’on considère comme justes. Ce besoin de justice est profondément ancré en nous. Pour les humains que nous sommes, le sentiment d’injustice est l’équivalent du feu dans notre maison; il est déclencheur d’émotions fortes et parfois violentes comme si notre notre survie était en jeu !

Lorsqu’un collaborateur n’a pas le bureau en coin avec la fenêtre qui donne sur la meilleure vue, sa vie n’est pas clairement en jeu. Mais le cerveau reptilien, lui, ne fait pas la différence. Lorsque notre collègue passe devant nous et obtient une promotion injustement attribuée, l’animal en nous s’active presque comme si c’était une question de vie ou de mort. Si cela semble irrationnel, rappelons que les injustices subies en contexte tribal avaient réellement le potentiel de menacer notre survie: la division de la nourriture et le statut dans le groupe étaient loin d’être des problèmes mondains.

Ces préoccupations sont toujours bien ancrées dans notre cerveau primitif. Les chercheurs ont même montré que l’injustice est vécue comme une violation de la dignité de la personne, ce qui déclenche le système d’alarme hérité de notre évolution afin de nous prévenir d’une menace imminente. En fait, la réponse à ces sentiment d’injustice a contribué à notre survie, rien de moins!

Mais alors comment être juste ?!

La notion de justice reste très complexe et surtout très subjective! Ce qui peut paraitre juste dans une culture ou pour certaines personnes peut paraitre totalement intolérable pour d’autres comme par exemple dans d’autres pays . En effet, cette notion de justice est directement liée à nos valeurs, elles-mêmes très subjectives et directement issues de notre éducation, de nos expériences passées. Par exemple, en Europe, le fait de mutualiser les frais pour permettre l’accès à la même qualité de soins de santé pour tous est le plus souvent considéré comme tout à fait normal alors que pour une personne habitant aux Etats Unis, cela peut sembler complètement injuste et insurmontable de devoir payer pour la santé des autres! Si certain.es d’entrevous crient déjà au scandale et se laissent déborder par leurs émotions en criant au et fort que TOUS les américains sont des débiles! Sachez qu’ il y a fort a parier qu’un grand nombre d’américains pensent exactement la même chose du système français et qu’ils soient tout comme vous prêt à prendre les armes pour défendre le fait qu’ils ont évidemment raison. Pourtant je parierais fort que si vous étiez nés au Etats unis ou que si un américain était né en France les valeurs qui déclencheraient ce sentiment d’injustice seraient surement diamétralement opposées !

Alors comment faire???

D’abord 3 conseils pour travailler sur vous même:

  • D’abord développer votre intelligence émotionnelle en remettant en cause vos propres croyances pour éviter de partir au quart de tour et de mettre de l’huile sur le feu. Eviter par exemple de dire TOUS les américains ou TOUS les Français de la même manière que vous n’aimez pas quand vos clients disent “de toute façon TOUS les vétérinaires ne pensent qu’à l’argent! ” (voir mon article sur l’intelligence émotionnelle )
  • Identifier vos valeurs et celles de votre organisation puis recruter des associés ou employés qui partagent les même valeurs que vous!
  • Accepter que l’être humain dont vous faites partie et tout aussi brillant que vous puissiez l’être est irrationnel, imparfait, biaisé et complexe. Même si certains gestionnaires aimeraient qu’il en soit diffèrent, c’est une réalité à prendre en compte et nous devons accepter de travailler avec l’idée que nous percevons bel et bien le monde à travers nos perceptions subjectives et non une réalité unique. Il ne suffit donc pas d’être juste (ce qui est tout de même un bon début) mais de générer une perception de justice car ce n’est pas la justice objective qui prédit les réactions humaines, mais la perception de justice.

Ensuite pour éviter de faire des erreurs comprenez les 3 grands types de justices!

Le modèle de justice organisationnelle est composé de trois grandes dimensions:

La justice distributive

Elle concerne la décision d’allocation des ressources, des récompenses et des punitions. Par exemple, est ce que la personne la plus méritante a obtenu la promotion? Est-ce la personne la plus méritante qui a obtenu le poste d’interne? Mon salaire reflète-t-il mon niveau de performance, de connaissance ou d’heure de travail que je fournis?

Les éléments à prendre en compte concernant la justice distributive

  • L’équité représente l’élément clé: les individus préfèrent l’équité à l’égalité. Il doit y avoir un lien entre ma contribution (ce que je donne) et ma rétribution (ce que je reçois), sans quoi je perçois un sentiment d’injustice.
  • Les individus jugent de la justice en comparaison aux autres. Ce n’est pas tant ce que je reçois qui m’importe mais ce que je reçois par rapport aux autres. Ainsi, je peux facilement accepter qu’un chirurgien cardiaque en pédiatrie soit beaucoup mieux rémunéré que moi compte tenu des connaissances, de l’expérience, de l’habileté et du sang froid que cela demande. De la même manière, je peux facilement accepter qu’un dirigeant qui a créé sa propre entreprise, qui a dû hypothéquer sa maison, prendre de nombreux risques et travailler 90 heures par semaine pendant plusieurs années mérite un salaire élevé mais jusqu’à quel point? Est ce que je trouve juste que ce salaire soit 300 fois plus élevé que celui de ses employés?
  • Les individus surestiment généralement leur contribution par rapport aux autres. Nous sommes tous égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.
  • Les individus ressentent une injustice encore plus forte lorsqu’ils y sont particulièrement exposés. Ce qu’on ne sait pas ne fait pas mal.
La justice procédurale

Elle concerne le processus décisionnel ayant mené à la décision. Par exemple, le processus d’embauche des internes était il exempt de biais ou empreint de favoritisme? Les critères d’évaluation pour l’examen du board de chirurgie étaient ils pour tous connus d’avance? Des jeux politiques ont-ils eu lieu pour mener au choix d’un candidat non méritant?

Les éléments à prendre en compte dans la justice procédurale.

  • La façon dont les décisions sont prises importe autant , sinon plus, que la décision elle-même.
  • Les règles qui entrainent les décisions doivent être claires transparentes, exemptes de jeux politiques, de biais et de préjugés et appliquées de façon cohérente à travers le temps.
  • Les individus ont tendance à percevoir une procédure comme étant juste lorsqu’ils ont la chance d’exprimer leur point de vue.
  • Les individus ont tendance à percevoir une procédure comme étant juste lorsqu’ils ont le sentiment d’avoir un certain niveau de contrôle sur les décisions.
La justice relationnelle

Elle concerne la qualité du traitement reçu lors de ce processus. Par exemple, n’ayant pas été sélectionné pour la promotion, puis-je comprendre pourquoi je n’ai pas été choisi? A-t-on pris la peine de me rencontrer pour me signifier que je n’ai pas été retenu, ou l’ai-je appris de la bouche d’un collègue? M’a t-on traité avec respect et dignité?

Les éléments à prendre en compte dans la justice procédurale.

  • L’intention perçue derrière une décision et la considération démontrée importent autant, sinon plus, que le processus ayant mené à la décision et que la décision elle-même.
  • Les décideurs doivent prendre la peine d’expliquer et de justifier leurs décisions, voire de faire amende honorable lorsque nécessaire.
  • Les individus doivent avoir le sentiment d’être traité avec respect et dignité lors de la prise de décision qui affecte leur vie et leur travail.
  • La perception quant à la qualité des intentions de ceux qui prennent les décisions est primordiale.

Ces 3 formes de justices lorsqu’elles sont bien mises en œuvre, permettent de générer un sentiment de justice chez les collaborateurs.

Si le sujet vous intéresse et que vous aimeriez approfondir le sujet, je vous conseille la lecture du livre dont est inspiré cet article: Le sentiment d’injustice en entreprise” de JF Bertholet, MC Gaudet et C.Robert

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